Gaspard Maîtrepierre

AUTEL

Gaspard Maîtrepierre installe dans une chapelle funéraire abandonnée un autel païen, mythique et fantasmatique. Des dieux chatoyants prennent place au fond de l’édifice. Mi-animaux mi-humains, portant des masques, ils naissent d’anciennes divinités incas, égyptiennes, grecques ou de sculptures du XIXe siècle. Ces idoles associent des mythes et croyances issues d’une pluralité de cultures, proposant ainsi une religion syncrétique et universelle. Dans l’imaginaire de l’artiste, ces dieux existent bel et bien, ils vivent dans une dimension parallèle, nous accompagnent jour après jour et veillent sur nous comme autant de gardiens. Isolé par un rideau noir, plongé dans une tranquille pénombre, le visiteur pourra peut-être les rencontrer.

Sur les parois latérales sont présentées des reproductions de chef-d’œuvres de l’histoire de l’art couvertes de motifs géométriques qui brouillent l’image et en même temps l’unifient dans une vibration généralisée. Gaspard Maîtrepierre illustre ici une théorie scientifique intitulée « hypothèse Gaia » (du nom de la déesse grecque qui engendra le monde) qui conçoit la Terre comme un superorganisme autorégulant ses composants – biologiques, non biologiques, climatiques, chimiques – pour favoriser la vie. Cette hypothèse controversée trouve sa source dans la philosophie grecque qui considère l’Univers comme un tout ordonné, mais aussi dans les recherches de Léonard de Vinci qui compare son fonctionnement à celui du corps humain ou dans ce qu’Einstein nomme « la religiosité cosmique », née de la contemplation de la structure de l’Univers. Ce mélange entre mythe et science propose un autre modèle religieux, tendant cette fois vers le panthéisme. Dieu étant dans chaque chose, il est aussi dans chacun de nous, dans la matière dont notre corps est constitué. La mort prend alors une toute autre dimension, elle n’est plus une fin mais, prise dans le cycle de la vie, elle est un recommencement.