Transition

La révolution est une transition entre un ordre ancien qui tombe en ruine et un ordre nouveau qui se fonde.
— Emile Littré

Noémie Gallet : Contretemps, 2014
© Noémie Gallet

Être étudiant est un moment charnière dans la vie d’un jeune adulte puisqu’au cours de quelques années, il va expérimenter, se former et faire des choix pour finalement donner une direction à son orientation professionnelle. Pour les quatorze étudiants présentés à l’Inattendue Galerie, les mois passés à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux- Arts de Paris constituent une transition, une période de réflexion et de recherche très importante puisqu’elle participe de leur construction comme personnes et comme artistes.

Or cette transition se cristallise de différentes manières dans leurs travaux, créant en quelque sorte une métaphore inconsciente de leur situation estudiantine. Quête identitaire, relation avec l’environnement, la société, observation du corps, de la matière, du temps… autant de questionnements qui sont abordés non comme des sujets en soi mais sous l’angle de l’éphémère, du passage, de la transformation.

Sous l’œil attentif de Pascale Marthine Tayou, l’exposition « Transition » s’intéresse à la manière dont les artistes parviennent à créer ou à souligner cet état intermédiaire entre deux moments ou deux situations.

En raison de la richesse des regards et des investigations, elle comporte deux volets qui se tiendront en avril et en juin 2015.

Le premier volet porte sur la matière et la corporéité et propose des axes d’études variés :

Gaëlle Sidawy : Cavité, 2015
© Gaëlle Sidawy

Charles et Gaëlle mélangent les matériaux, observent leurs réactions chimiques et leurs dégradations qui donnent naissance à des œuvres à la fois mythiques et alchimiques, images d’un instant figé. Noémie et Nicolas s’intéressent à la mise en image du son, par définition éphémère et impalpable. Sa matérialisation en révèle la composante identitaire ou la musicalité paysagère cachée. D’autres s’intéressent au dialogue entre des domaines a priori antinomiques, comme tradition et contemporain ou encore nature et culture. Ainsi Cintia étudie la mémoire et la transmission du geste et de la technique entre les différentes générations et cultures. Naomi mêle la géométrie et le végétal, confrontant ainsi la nature féconde à la maîtrise de l’homme dans un espace urbanisé. Suni utilise des algues pour réaliser une couverture, objet quelque peu surréaliste qui associe l’humidité du milieu marin et la chaleur de la chambre à coucher, le confort et l’inconfort. Enfin, Benoît porte son attention sur la notion d’entropie et révèle les potentialités insoupçonnées de matériaux, comme la porosité d’une pierre massive mais calcaire qui a la propriété de filtrer l’eau.

Le second volet de « Transition » s’interroge sur l’architecture et la géographie.

Les espaces cachés voire interdits, sont le pendant de notre société et participent souvent de son bon fonctionnement. Alexander investit cet inframince et nous invite à l’observer comme un révélateur de nos modes de vie. Les cabanes de Charlie, constituées de morceaux de fines cagettes suggèrent une société idéalisée voire romantique. Imaginaires et enfantines, ces constructions invivables nous donnent envie de nous y lover. Alexandre construit avec des planches de bois récupérées des tours infinies, à la frontière entre Babel et Brancusi, et mène ainsi une réflexion sur la frontière entre sculpture et architecture, entre abstraction et figuration. Laure tricote sur des filets et compose des grilles colorées mystérieuses, faites de chutes de tissus et de broderies diverses. Ces maillages proposent un nouvelle cartographie, faite de frontières et de reliefs, tantôt merveilleux, tantôt angoissants, comme une réappropriation poétique des enjeux géopolitiques de notre monde. Malena dialogue également avec les enjeux de notre société contemporaine, qu’elle critique avec humour et ironie. Ses grands dessins sont une recomposition des fissures des murs de l’ENSBA qui, associés les unes aux autres, offrent l’image d’une nouvelle répartition des continents. Ses nids d’apparence douce ne révèlent quant à eux leur dangerosité que lorsque l’on s’en approche. Ces propositions inadaptées à l‘habitat ne sont pas sans évoquer ces édifices écrins qui fleurissent aujourd’hui et qui ne répondent pas aux fonctionnalités attendues. Les draps rigidifiés de Théophile, suspendus au plafond et comme figés par les effets de la gravité perturbent l’équilibre et l’architecture de la pièce. La couleur rouge fait écho au sol de la galerie qui semble s’être métamorphosé durant la nuit. La présence-absence de ces pièces génère une sensation étrange et propose une expérience phénoménologique de l’espace.

La transition conduit à un renouveau. Figer ce passage, annuler le basculement revient à accepter une multitude d’influences et de points de vue. Une incertitude parfois inconfortable mais qui se révèle plus riche qu’une situation tranchée, définie. Les réflexions que proposent ces étudiants sont peut-être une clé pour l’avenir de chacun – comme individu – mais également pour la société. Se contraindre à un schéma, à un modèle ou à une culture est une acceptation de l’appauvrissement. Acceptons au contraire de ne jamais tout savoir, de ne jamais tout comprendre et tendons sans cesse à la découverte pour rester dans… la transition !

Infos pratiques

Exposition présentée à L’inattendue – Galerie de la Maison des initiatives étudiantes

  • Commissaires : Anais de Senneville & Aurélie Tiffreau
  • Coordination : Alix Chassefière

Télécharger le dossier de presse de Transition.

Les artistes

Charles le Hyaric : Toile 22 x 27 cm, technique mixte
© Charles le Hyaric